France : l’État accélère sa sortie des outils numériques américains avec sa propre suite souveraine

Technologie — Souveraineté numérique | France | EuropePARIS — La France accélère une transformation majeure de son administration numérique. Face à la dépendance aux technologies américaines et extra-européennes, l’État français développe et généralise progressivement ses propres outils de messagerie, visioconférence, stockage, partage de fichiers et travail collaboratif.
Illustration générée par intelligence artificielle pour Gux TV.
Illustration générée par intelligence artificielle pour Gux TV.

L’objectif n’est toutefois pas d’interdire Google, WhatsApp ou Microsoft aux Français. La stratégie concerne principalement les services de l’État et les agents publics, avec l’ambition de mieux contrôler les données sensibles et de réduire la dépendance technologique envers les entreprises non européennes.

LaSuite, l’écosystème numérique souverain de l’État français

Au centre de cette stratégie se trouve LaSuite numérique, développée et opérée par la Direction interministérielle du numérique (DINUM).

Elle constitue un environnement de travail regroupant plusieurs outils open source destinés aux administrations françaises.

La plateforme est déjà utilisée chaque mois par plus de 500 000 agents, dans 15 ministères et de nombreuses administrations. Les données de plusieurs services sont hébergées et traitées en France.

LaSuite comprend notamment :

Tchap — messagerie instantanée sécurisée destinée au secteur public, comparable dans son usage professionnel à WhatsApp, Signal ou Teams. Le gouvernement indique que Tchap est utilisé par plus de 800 000 agents publics et par l'ensemble des ministères.

Visio — solution française de visioconférence appelée à remplacer progressivement des outils étrangers dans les administrations. Elle propose notamment le partage d'écran, l'enregistrement et la transcription des réunions.

Fichiers — service permettant de centraliser, stocker et partager des fichiers, remplissant ainsi une partie des fonctions que proposent Google Drive, OneDrive ou Dropbox.

Docs — éditeur collaboratif permettant à plusieurs personnes de travailler sur des documents.

FranceTransfert — service sécurisé permettant aux administrations d'envoyer et de recevoir des fichiers volumineux.

Messagerie — service de courrier électronique professionnel.

Grist — outil collaboratif permettant notamment d'organiser des données et de travailler sur des tableaux.

La France veut également remplacer Teams, Zoom et Webex

Le gouvernement français a annoncé le 26 janvier 2026 la généralisation de Visio à l'ensemble des services de l'État d'ici 2027.

L'objectif officiel est de mettre progressivement fin à l'utilisation, pour la visioconférence des agents de l'État, de solutions extra-européennes.

Le gouvernement cite notamment la multiplicité actuelle de services comme Microsoft Teams, Zoom, GoTo Meeting et Webex.

Le CNRS faisait partie des premiers organismes engagés dans cette transition, avec le remplacement prévu de ses licences Zoom par Visio pour ses 34 000 agents et les quelque 120 000 chercheurs associés à ses unités de recherche.

L'État estime également que l'abandon de certaines licences commerciales pourrait générer environ 1 million d'euros d'économies par an pour chaque tranche de 100 000 utilisateurs transférés vers la nouvelle solution.

Même Windows est concerné

La stratégie française va encore plus loin.

Le 8 avril 2026, la DINUM a annoncé que, concernant l'évolution du poste de travail de l'administration, elle prévoyait une sortie de Windows au profit de systèmes d'exploitation Linux.

Dans le même temps, la Caisse nationale d'Assurance maladie a annoncé la migration de ses 80 000 agents vers plusieurs outils du socle numérique interministériel, notamment Tchap, Visio et FranceTransfert.

Chaque ministère et ses opérateurs doivent par ailleurs préparer un plan de réduction de leurs dépendances extra-européennes portant notamment sur les postes de travail, les outils collaboratifs, l'intelligence artificielle, les antivirus, les bases de données, la virtualisation et les équipements réseau.

Pourquoi la France veut-elle réduire sa dépendance aux géants américains ?

Pour Paris, la question dépasse le simple choix d'un logiciel.

Le gouvernement considère désormais la maîtrise des infrastructures numériques comme un enjeu de souveraineté nationale et européenne.

Les autorités françaises veulent notamment conserver davantage de contrôle sur :

l'emplacement et la juridiction applicable aux données ;

la confidentialité des communications administratives ;

les technologies utilisées par les services publics ;

les coûts des licences ;

l'évolution des logiciels ;

la capacité de l'État à fonctionner sans dépendre entièrement d'entreprises étrangères.

LaSuite repose largement sur des technologies open source, et l'État indique que certaines de ses solutions utilisent des infrastructures qualifiées SecNumCloud et que les données concernées sont stockées et traitées en France.

Pas une interdiction de Google ou WhatsApp pour les Français

Il faut cependant distinguer cette stratégie d'une éventuelle interdiction nationale.

La France n'a pas annoncé que Google, WhatsApp, Google Drive ou Microsoft seraient interdits à l'ensemble de la population française.

La politique concerne avant tout l'État, ses ministères, ses administrations et ses agents.

LaSuite est actuellement réservée principalement aux agents de la fonction publique d'État et aux collaborateurs ou partenaires invités dans le cadre de missions avec le service public. Les entreprises privées peuvent cependant exploiter elles-mêmes certaines briques puisque les outils sont open source.

Une bataille plus large pour la souveraineté numérique européenne

Cette transformation montre que la France ne cherche plus seulement à réglementer les grandes plateformes technologiques étrangères.

Elle cherche également à construire des alternatives concrètes.

Messagerie, visioconférence, stockage de fichiers, documents collaboratifs, intelligence artificielle et même systèmes d'exploitation : plusieurs composantes essentielles du travail numérique de l'administration sont désormais concernées.

Le gouvernement français présente cette évolution comme une stratégie de long terme visant à diminuer les dépendances technologiques extra-européennes et à renforcer la maîtrise des infrastructures et des données publiques.

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