Diesel russe : Scott Bessent accuse l’Europe d’hypocrisie et défend l’accord entre Trump et Poutine

WASHINGTON/BRUXELLES, 12 octobre 2026 — Une nouvelle controverse oppose Washington à ses partenaires européens sur la politique énergétique et les sanctions contre la Russie. Le secrétaire américain au Trésor, Scott Bessent, a accusé les pays européens d’hypocrisie après leurs critiques de l’accord conclu entre les États-Unis et Moscou sur les livraisons de diesel russe. Selon lui, les Européens ont versé davantage d’argent à la Russie pour leurs achats énergétiques qu’ils n’ont accordé d’aide à l’Ukraine depuis le début de la guerre en février 2022.
Illustration générée par intelligence artificielle pour Gux TV.
Illustration générée par intelligence artificielle pour Gux TV.

Lors d’une intervention sur la chaîne américaine Fox News, dimanche 11 octobre, Scott Bessent a vivement dénoncé l’attitude des gouvernements européens, qu’il accuse de maintenir des relations commerciales énergétiques avec Moscou tout en reprochant à Washington de vouloir réduire les prix du carburant.

Le responsable américain affirme que les Européens n’ont pas réussi à se libérer entièrement de leur dépendance aux ressources énergétiques russes. Il considère que cette situation affaiblit leur position lorsqu’ils critiquent les décisions américaines concernant les sanctions contre la Russie.

Selon ses déclarations, les achats européens de pétrole et de gaz russes ont continué à générer d’importantes recettes pour Moscou depuis le déclenchement de l’invasion à grande échelle de l’Ukraine.

Bessent estime que ces transactions contribuent indirectement à soutenir l’économie russe, alors même que les gouvernements européens affirment vouloir limiter les ressources financières dont dispose le président Vladimir Poutine pour poursuivre la guerre.

Il a qualifié la politique énergétique européenne d’échec et jugé contradictoire le fait de critiquer les initiatives américaines destinées à faire baisser les prix du diesel.

Ces accusations interviennent après l’annonce, le 9 octobre, d'un accord entre Donald Trump et Vladimir Poutine visant à permettre de nouvelles livraisons de diesel russe sur les marchés américain et international.

Selon les informations communiquées par la Maison-Blanche, cet accord prévoit dans un premier temps la mise à disposition de plus de 300 000 tonnes de diesel, suivie de livraisons supplémentaires au cours des prochaines semaines et des prochains mois.

L’administration Trump présente cette initiative comme une réponse à la hausse importante des prix des carburants, qui touche particulièrement le transport routier, l’agriculture et plusieurs secteurs industriels américains.

Pour faciliter ces transactions, le département américain du Trésor a délivré une autorisation temporaire assouplissant certaines restrictions visant les opérations liées au diesel russe.

Washington soutient que l’augmentation de l’offre mondiale pourrait contribuer à réduire la pression sur les prix. Toutefois, l’ampleur réelle de cette baisse demeure incertaine et dépend notamment des quantités effectivement livrées et de l’évolution du marché international.

Cette décision représente un changement notable dans la politique américaine à l’égard des importations énergétiques russes, alors que les États-Unis avaient interdit les importations de pétrole et de produits pétroliers russes en 2022.

Du côté européen, l’initiative américaine suscite de fortes réserves.

La haute représentante de l’Union européenne pour les affaires étrangères, Kaja Kallas, a critiqué l’assouplissement des sanctions américaines, estimant que la pression économique exercée sur Moscou ne devait pas être relâchée pendant que la guerre se poursuit en Ukraine.

Les responsables européens craignent notamment que de nouvelles ventes de produits pétroliers russes permettent au Kremlin d’obtenir des revenus supplémentaires.

L’Union européenne souligne toutefois qu’elle a considérablement réduit sa dépendance énergétique envers la Russie depuis 2022.

Selon la Commission européenne, la part du gaz russe dans les importations européennes est passée d’environ 45 % avant la guerre à 12 % en 2025. Les importations de pétrole russe ont également fortement diminué, tandis que le charbon russe a été exclu du marché européen.

Malgré ces réductions, certains achats de ressources énergétiques russes se poursuivent, notamment dans le secteur gazier.

Cette réalité constitue le principal argument avancé par Scott Bessent pour dénoncer ce qu’il considère comme une contradiction dans la politique européenne.

Il convient néanmoins de distinguer ses accusations des données financières officiellement établies. Son affirmation selon laquelle l’Europe aurait versé davantage d’argent à la Russie qu’à l’Ukraine dépend des périodes retenues, des pays inclus et des catégories de dépenses comparées.

Les achats commerciaux d’énergie ne constituent pas la même catégorie financière que l’aide militaire, humanitaire ou budgétaire accordée à l’Ukraine. Une comparaison rigoureuse nécessite donc de prendre en compte l’ensemble de ces éléments.

La décision américaine provoque également des critiques aux États-Unis.

Plusieurs sénateurs républicains et démocrates ont demandé à l’administration Trump de revenir sur son projet d’achat de diesel russe, estimant que cette mesure pourrait compromettre les efforts destinés à réduire les ressources financières de Moscou.

Ils s’interrogent aussi sur la compatibilité de l’accord avec les sanctions américaines adoptées contre la Russie.

Pour Donald Trump et Scott Bessent, la priorité affichée reste la réduction des prix de l’énergie pour les consommateurs et les entreprises américaines.

Pour les responsables européens opposés à cet accord, la priorité consiste au contraire à maintenir une pression économique suffisante sur Moscou afin de limiter sa capacité à financer la guerre.

Cette nouvelle controverse met ainsi en évidence les divergences entre Washington et Bruxelles sur la manière de concilier les impératifs économiques, la sécurité énergétique et le soutien à l’Ukraine.

Alors que les États-Unis cherchent à augmenter l’offre de diesel sur le marché mondial, l’Union européenne redoute qu’un assouplissement des sanctions contre les produits énergétiques russes ne procure de nouvelles recettes à Moscou.

La question demeure désormais de savoir si les livraisons annoncées permettront effectivement de réduire les prix du diesel et quelles conséquences elles auront sur la coordination des sanctions occidentales contre la Russie.

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