Canada : Mark Carney annonce 1,2 milliard $ pour renforcer la protection des océans et la sécurité maritime

L’annonce survient alors que le gouvernement fédéral cherche à développer de nouvelles voies commerciales afin de diversifier les exportations canadiennes. Ottawa mise notamment sur l’expansion du port de Vancouver et du Terminal 2 à Roberts Bank, deux éléments importants de sa stratégie visant à accroître la capacité du Canada à commercer avec les marchés internationaux.
Cette croissance devrait cependant entraîner davantage de circulation maritime. Carney reconnaît lui-même que l’augmentation du nombre de navires exercera une pression supplémentaire sur les habitats marins. Son gouvernement affirme donc vouloir renforcer les systèmes de prévention, de surveillance et d’intervention parallèlement au développement économique.
Sur les 1,2 milliard de dollars annoncés, plus de 740 millions seront investis au cours des quatre prochaines années dans des mesures destinées à renforcer la conservation des océans et la sécurité maritime.
La Garde côtière canadienne doit notamment accroître sa capacité de surveillance du trafic maritime. Ottawa prévoit également de moderniser des stations de recherche et sauvetage et d'étendre les réseaux de radio à très haute fréquence et de radar utilisés pour surveiller les eaux canadiennes.
Le gouvernement veut parallèlement améliorer la cartographie des fonds marins et mettre en place un nouveau système national de prévision océanique près des côtes. Celui-ci doit permettre de mieux anticiper les conditions météorologiques et les courants afin de réduire les risques d’incidents maritimes et d’améliorer la rapidité des interventions lorsqu’un accident survient.
Une partie du financement servira également à renforcer la capacité du Canada à intervenir lors de déversements d’hydrocarbures. Ottawa prévoit notamment un plan national d’intervention destiné aux mammifères marins lorsqu’un déversement pétrolier menace leur habitat.
Le gouvernement consacrera par ailleurs 100 millions de dollars au développement d’une capacité permanente permettant de surveiller, d’évaluer et de réduire le bruit sous-marin sur les trois côtes canadiennes.
Cette question est particulièrement importante pour les baleines, puisque l’augmentation du trafic maritime peut accroître les perturbations acoustiques dans leurs habitats.
Dans la région de Vancouver, Ottawa s’est fixé comme objectif de maintenir le bruit océanique aux niveaux de 2023, même si le nombre de navires augmente. Pour le projet d’expansion de Roberts Bank, Carney a également indiqué que des conditions environnementales strictes seraient appliquées, notamment lorsque des épaulards se trouvent à proximité des travaux.
Ces nouveaux investissements s’ajoutent à près de 258 millions de dollars annoncés précédemment pour protéger notamment les épaulards résidents du Sud, les baleines noires de l’Atlantique Nord et les bélugas de l’estuaire du Saint-Laurent.
Ottawa rappelle également sa Stratégie relative au saumon du Pacifique de 412 millions de dollars, destinée notamment à restaurer les habitats, reconstruire les populations sauvages de saumon et transformer certaines pratiques de pêche en collaboration avec les peuples autochtones et les communautés côtières.
Le gouvernement consacrera en outre plus de 90 millions de dollars au renforcement des capacités de première ligne et à la modernisation de l’application des règles relatives aux pêches.
Les agents des pêches doivent recevoir de nouveaux outils numériques de surveillance, dont des drones, tandis que des investissements seront consacrés au recrutement, à la formation et au maintien en poste du personnel spécialisé.
Une autre enveloppe importante concerne directement les peuples autochtones de la côte du Pacifique.
Ottawa prévoit environ 186 millions de dollars pour le *Northern Shelf Bioregion Reconciliation Framework Agreement*, un cadre de collaboration portant sur la région de la Grande mer de l’Ours, entre le nord de l’île de Vancouver et la frontière de l’Alaska.
L’argent doit notamment servir à renforcer la gouvernance collaborative, la conservation, la gestion des voies navigables, la préparation aux situations d’urgence et l’étude des effets cumulatifs du développement économique.
L’annonce environnementale intervient en même temps qu’une transformation beaucoup plus large de la stratégie commerciale canadienne.
Le gouvernement Carney cherche à diversifier les échanges du Canada et à réduire sa dépendance commerciale envers les États-Unis. L’expansion des capacités portuaires de la côte Ouest doit permettre aux entreprises canadiennes d’atteindre plus facilement les marchés d’Asie et d’autres régions du monde.
Cette stratégie pourrait cependant entraîner une augmentation substantielle du trafic maritime, d’où la volonté affichée par Ottawa de développer simultanément les infrastructures commerciales et les mécanismes de protection environnementale.
Le dossier est également lié au débat entourant un éventuel nouvel oléoduc de bitume reliant l’Alberta à la côte sud de la Colombie-Britannique.
Lors de son discours du 29 septembre, Carney a indiqué que son gouvernement se trouvait dans les dernières étapes de l’examen visant à déterminer si cette proposition pourrait être désignée comme projet d’intérêt national.
Le premier ministre a affirmé qu’un tel projet pourrait contribuer à diversifier l’économie canadienne et à réduire la dépendance du pays envers le marché américain. Il a également précisé que le tracé envisagé devrait éviter des zones particulièrement sensibles et que l’interdiction des pétroliers sur la côte nord de la Colombie-Britannique resterait en vigueur.
Il demeure toutefois essentiel de distinguer les deux dossiers : l’investissement de 1,2 milliard de dollars pour les océans a bel et bien été annoncé par le gouvernement fédéral, tandis que le nouvel oléoduc évoqué par Carney était encore à l’étude au moment de son discours du 29 septembre.
Ottawa prépare parallèlement une nouvelle stratégie nationale sur les océans qui doit s’articuler autour de trois grands objectifs : protéger les écosystèmes marins, sécuriser les eaux canadiennes et développer durablement l’économie océanique.
Le gouvernement affirme vouloir démontrer qu’une augmentation des exportations et des infrastructures maritimes peut être accompagnée de mesures de conservation renforcées. Cette approche fera néanmoins l’objet d’un débat : certains groupes environnementaux estiment déjà que les investissements annoncés demeurent insuffisants face à l’ampleur des nouveaux projets industriels et portuaires envisagés.
Pour Ottawa, les 1,2 milliard de dollars constituent ainsi autant un investissement environnemental qu’un élément de préparation à une nouvelle phase de développement économique sur les côtes canadiennes.
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Par James Guilloux
