Assassinat de Jovenel Moïse : la justice américaine confirme que des fonds d’aide liés à la COVID-19 ont financé une partie du complot

WASHINGTON / MIAMI / PORT-AU-PRINCE, 14 octobre 2026 — L’enquête américaine sur l’assassinat du président haïtien Jovenel Moïse révèle de nouveaux éléments concernant le financement de l’opération qui a coûté la vie au chef de l’État le 7 juillet 2021. Le ministère américain de la Justice confirme qu’une partie des ressources utilisées pour préparer le complot provenait de fonds frauduleusement obtenus dans le cadre de programmes fédéraux d’aide économique destinés aux entreprises pendant la pandémie de COVID-19. Ces révélations, accompagnées de condamnations et de nouvelles inculpations, mettent en lumière un réseau financier et opérationnel dont plusieurs membres ont agi depuis le territoire américain.
Illustration générée par intelligence artificielle pour Gux TV.
Illustration générée par intelligence artificielle pour Gux TV.

Le 23 juillet 2026, le département américain de la Justice a annoncé la condamnation de Keegan Harricharan, 42 ans, résident de Coral Springs, en Floride, à 20 ans de prison fédérale pour son rôle dans un système de blanchiment d'argent lié au financement du complot contre Jovenel Moïse.

La peine a été prononcée par la juge fédérale Jacqueline Becerra, après que l'accusé a plaidé coupable de complot en vue de commettre du blanchiment d'argent.

Selon les documents judiciaires, Harricharan a participé au détournement et à la circulation de fonds provenant de deux programmes américains : le Paycheck Protection Program (PPP) et l'Economic Injury Disaster Loan (EIDL).

Ces dispositifs avaient été créés pour soutenir les entreprises américaines confrontées aux conséquences économiques de la pandémie.

Les enquêteurs ont établi qu'à partir de juin 2020, Harricharan et Jacob Israel avaient frauduleusement obtenu environ 840 827 dollars américains grâce au programme PPP. Sur cette somme, quelque 126 124 dollars avaient été versés sous forme de commissions illégales à Israel et à ses associés.

Une partie des fonds a ensuite circulé par l'intermédiaire d'une entreprise contrôlée par Harricharan, TNR Holding Group Inc.

Entre le 18 et le 28 mai 2021, environ 175 000 dollars, provenant notamment des fonds PPP détournés, ont été déposés sur le compte bancaire de cette société.

À la demande de ses complices, Harricharan a rapidement transféré cet argent à Walter Veintemilla, un financier impliqué dans la préparation du complot.

Les 9 et 10 juin 2021, il a effectué des virements supplémentaires totalisant 80 000 dollars, comprenant notamment des fonds issus du programme EIDL.

Selon la justice américaine, ces transactions ont contribué à soutenir financièrement les préparatifs de l'opération contre le président haïtien.

Les enquêteurs précisent toutefois que les 840 827 dollars obtenus frauduleusement ne doivent pas être considérés dans leur totalité comme une somme directement consacrée à l'assassinat. Les documents établissent plutôt l'existence de plusieurs transferts ayant contribué au financement du réseau.

L'enquête révèle également qu'en avril et mai 2021, Harricharan a participé à plusieurs réunions organisées dans le sud de la Floride avec des personnes impliquées dans le projet de renversement du gouvernement haïtien.

Les discussions portaient notamment sur le financement de l'opération, l'acquisition d'armes et de munitions, le recrutement de personnel et l'obtention d'équipements militaires.

Selon les autorités fédérales, les conspirateurs cherchaient initialement à renverser Jovenel Moïse et à installer un nouveau gouvernement susceptible de leur accorder des contrats commerciaux et des avantages financiers.

Les plans ont progressivement évolué vers une opération visant directement la vie du président.

Dans la nuit du 6 au 7 juillet 2021, un groupe armé comprenant d'anciens militaires colombiens a attaqué la résidence privée de Jovenel Moïse, à Port-au-Prince.

Le président a été mortellement atteint par plusieurs tirs. Son épouse, Martine Moïse, a été grièvement blessée au cours de l'assaut.

Les éléments présentés devant la justice américaine ont permis de reconstituer une partie des préparatifs, notamment grâce aux communications numériques, aux transactions financières et aux témoignages de participants au complot.

Le 8 mai 2026, un jury fédéral de Miami a reconnu coupables quatre hommes impliqués dans la préparation et l'organisation de l'assassinat : Arcangel Pretel Ortiz, Antonio Intriago, Walter Veintemilla et James Junior Solages.

Les accusations retenues comprennent notamment le complot visant à tuer ou enlever une personne à l'étranger, ainsi que la fourniture de ressources destinées à soutenir une opération ayant entraîné la mort.

Les quatre hommes encourent des peines pouvant aller jusqu'à la réclusion à perpétuité. Leurs peines doivent être déterminées par la justice fédérale.

Au cours du procès, les procureurs ont présenté des éléments démontrant que le sud de la Floride avait servi de centre de préparation et de coordination du complot.

Les enquêteurs ont notamment décrit les relations entre plusieurs entreprises de sécurité, des financiers et des individus recrutés pour participer à l'opération en Haïti.

L'affaire a connu un nouveau développement majeur en septembre 2026.

Le ministère américain de la Justice a annoncé qu'un grand jury fédéral avait inculpé 30 personnes pour différents rôles présumés dans le complot.

Le 19 septembre, une opération menée avec la participation du FBI et des services américains de sécurité intérieure a permis le transfert de 18 accusés d'Haïti vers Miami.

Les autorités américaines ont précisé que ces transferts s'inscrivaient dans une nouvelle phase de l'enquête, destinée à poursuivre les personnes soupçonnées d'avoir financé, facilité ou participé à l'assassinat.

Les individus nouvellement inculpés demeurent présumés innocents tant que leur culpabilité n'a pas été légalement établie.

Ces développements interviennent alors que des déclarations politiques aux États-Unis soulèvent de nouvelles interrogations sur la gestion des fraudes liées aux programmes d'aide pendant la pandémie.

Dans un extrait vidéo diffusé en anglais, un intervenant associé à l'administration de Donald Trump accuse des responsables de l'administration Biden d'avoir été informés de certaines fraudes sans avoir pris les mesures nécessaires pour y mettre fin.

Il affirme également que des fonds provenant des contribuables américains ont servi à financer l'assassinat du président haïtien.

Si la deuxième affirmation trouve un fondement dans les procédures judiciaires américaines, les accusations visant directement Joe Biden ou ses collaborateurs ne sont pas établies par les documents judiciaires consultés.

Il convient également de rappeler que les programmes d'aide concernés ont été créés en 2020, sous la première administration de Donald Trump, avant de se poursuivre pendant la présidence de Joe Biden.

La fraude financière documentée ne démontre donc pas, à elle seule, une connaissance préalable ou une complicité de responsables politiques de l'une ou l'autre administration.

Les conclusions judiciaires mettent principalement en évidence les défaillances exploitées par les fraudeurs, les mécanismes de blanchiment d'argent et les liens entre des transactions financières réalisées aux États-Unis et une opération criminelle menée en Haïti.

Pour les procureurs américains, l'enquête ne se limite désormais plus aux personnes ayant directement participé à l'attaque du 7 juillet 2021.

Elle vise également les individus soupçonnés d'avoir fourni les moyens financiers, matériels et logistiques nécessaires à sa préparation.

Plus de cinq ans après l'assassinat de Jovenel Moïse, les procédures engagées aux États-Unis continuent ainsi de révéler l'ampleur internationale du réseau impliqué dans ce crime.

L'un des éléments les plus importants désormais établis par la justice américaine reste l'utilisation de fonds publics destinés à soutenir les entreprises pendant la pandémie pour contribuer au financement d'un complot politique meurtrier en Haïti.

Les condamnations déjà prononcées et les nouvelles inculpations constituent des étapes importantes dans la recherche des responsabilités. Elles ne mettent toutefois pas fin à toutes les interrogations concernant les motivations des participants, les réseaux de financement et les responsabilités individuelles dans l'assassinat du président haïtien.

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