Ilya Sutskever : du lancement d’OpenAI à sa nouvelle aventure dans la superintelligence

L’un des scientifiques à l’origine d’OpenAI
Ilya Sutskever faisait partie de l’équipe qui a fondé OpenAI en 2015, aux côtés notamment de Sam Altman, Greg Brockman et d’autres chercheurs et entrepreneurs.
Mais sa réputation scientifique était déjà solidement établie avant OpenAI.
Sutskever est notamment connu pour avoir participé avec Alex Krizhevsky et Geoffrey Hinton aux travaux sur AlexNet, un réseau neuronal qui a marqué une étape majeure dans l'histoire récente de l'apprentissage profond.
Ces recherches ont contribué à démontrer l’efficacité de réseaux neuronaux profonds entraînés à grande échelle à l’aide de processeurs graphiques, une approche devenue fondamentale pour une grande partie de l’intelligence artificielle moderne.
De cofondateur à scientifique en chef d’OpenAI
Chez OpenAI, Sutskever est devenu Chief Scientist, ou scientifique en chef.
Il a occupé une position centrale dans les activités de recherche de l’organisation pendant plusieurs années, au moment où OpenAI développait des systèmes de plus en plus puissants.
Son influence dépassait également la recherche purement consacrée aux performances des modèles.
Sutskever s’est progressivement concentré sur une question devenue centrale dans l’industrie : comment contrôler des systèmes d’intelligence artificielle qui pourraient un jour devenir beaucoup plus intelligents que les humains ?
Le projet « Superalignment »
Cette préoccupation a conduit OpenAI à annoncer en juillet 2023 une équipe consacrée au Superalignment, codirigée par Ilya Sutskever et Jan Leike.
OpenAI expliquait alors vouloir rechercher de nouvelles méthodes scientifiques et techniques permettant de contrôler des systèmes d’intelligence artificielle potentiellement beaucoup plus intelligents que leurs concepteurs.
L’entreprise avait prévu de consacrer 20 % de ses capacités de calcul sécurisées à l’époque à cet effort sur une période de quatre ans.
Cette question — généralement appelée alignement de l’IA — consiste notamment à chercher comment faire en sorte que des systèmes extrêmement avancés continuent à poursuivre des objectifs compatibles avec les intentions et intérêts humains.
Le départ d’OpenAI en 2024
Ilya Sutskever quitte officiellement OpenAI le 14 mai 2024.
OpenAI annonce alors que Jakub Pachocki lui succède comme scientifique en chef.
Son départ intervient plusieurs mois après la crise de gouvernance de novembre 2023 qui avait temporairement conduit au licenciement de Sam Altman par le conseil d’administration.
Sutskever faisait partie du conseil ayant pris cette décision. Il avait ensuite déclaré regretter sa participation aux événements ayant conduit au départ d’Altman et avait soutenu son retour.
Après plusieurs mois d’incertitude concernant son avenir, son départ définitif est annoncé au printemps suivant.
Safe Superintelligence : une entreprise avec un seul objectif
Un mois plus tard, en juin 2024, Sutskever dévoile son nouveau projet : Safe Superintelligence Inc., ou SSI.
L’entreprise est fondée avec Daniel Gross et Daniel Levy.
Contrairement à de nombreuses startups d’intelligence artificielle cherchant rapidement à commercialiser des assistants, des applications ou des services destinés aux entreprises, SSI affirme avoir un seul objectif et un seul produit : une superintelligence sûre.
Le laboratoire explique vouloir faire progresser simultanément les capacités et la sécurité de ses systèmes.
Son modèle doit également lui permettre de travailler sans être constamment soumis aux cycles de lancement de nouveaux produits et aux pressions commerciales à court terme.
SSI dispose de bureaux à Palo Alto, en Californie, et à Tel-Aviv, en Israël.
Plus d’un milliard de dollars dès les premiers mois
La réputation de Sutskever permet rapidement à la nouvelle entreprise d’attirer des investisseurs majeurs.
En septembre 2024, SSI annonce avoir levé plus d’un milliard de dollars américains.
Parmi les investisseurs figurent notamment Andreessen Horowitz, Sequoia Capital, DST Global et SV Angel.
Reuters rapportait alors que cette première opération valorisait l’entreprise à environ 5 milliards de dollars.
La particularité est frappante : SSI parvient à attirer une quantité considérable de capitaux alors qu’elle ne commercialise encore aucun produit grand public.
Sa valorisation bondit à 32 milliards de dollars
La croissance financière du laboratoire s’accélère ensuite.
En 2025, SSI lève 2 milliards de dollars supplémentaires lors d’une opération valorisant l’entreprise à environ 32 milliards de dollars.
Cette valorisation illustre l’importance accordée par les investisseurs à Sutskever et à la possibilité de développer une nouvelle génération de systèmes d’intelligence artificielle.
Mais elle ne signifie pas que SSI génère déjà des dizaines de milliards de dollars de revenus : une valorisation privée représente l'estimation financière attribuée à l'entreprise lors d'une opération d'investissement, et non l'argent disponible dans ses comptes.
2026 : Nvidia entre dans le projet
Une nouvelle étape majeure intervient le 27 juillet 2026.
SSI et Nvidia annoncent un partenariat stratégique à long terme.
Nvidia confirme officiellement avoir réalisé un investissement important dans l’entreprise, sans en publier le montant dans le communiqué conjoint.
Reuters, citant une personne informée de l’opération, rapporte toutefois que cet investissement atteint 5 milliards de dollars américains.
L’accord est particulièrement important parce qu’il ne concerne pas uniquement l’argent.
SSI obtient accès aux prochaines générations de puces Nvidia
Dans le cadre du partenariat, SSI doit obtenir accès à la plateforme Nvidia Vera Rubin, une nouvelle génération d’infrastructures destinées aux charges de travail d’intelligence artificielle.
SSI et Nvidia affirment que cette nouvelle capacité permettra au laboratoire d’augmenter ses ressources de calcul d’un ordre de grandeur, soit approximativement dix fois.
Les deux entreprises doivent également collaborer sur l’évolution des plateformes informatiques actuelles et futures de Nvidia.
L’accès à cette puissance de calcul est stratégique : entraîner des modèles d’intelligence artificielle de pointe nécessite aujourd’hui d’immenses infrastructures composées de milliers de processeurs spécialisés.
SSI affirme avoir travaillé deux ans dans la discrétion
Le communiqué publié avec Nvidia apporte également une information importante sur l’avancement du projet.
SSI affirme avoir passé les deux années précédentes à travailler discrètement sur une nouvelle direction de recherche destinée à développer une intelligence artificielle à la fois puissante et « robustly aligned », c’est-à-dire conçue pour rester solidement alignée avec les objectifs de sécurité recherchés.
Les détails techniques restent cependant très limités.
SSI n’a pas encore présenté publiquement un modèle grand public comparable à ChatGPT, Claude ou Gemini.
Il est donc encore impossible d’évaluer indépendamment jusqu’où ses recherches ont réellement progressé vers l’objectif annoncé de superintelligence.
Combien vaut personnellement Ilya Sutskever ?
C’est ici qu’il faut être particulièrement prudent.
Des estimations de plusieurs milliards de dollars circulent concernant sa fortune personnelle.
Mais la valorisation de SSI ne correspond pas automatiquement à la fortune personnelle de Sutskever.
Pour calculer sérieusement son patrimoine, il faudrait notamment connaître sa participation exacte dans SSI après les différentes levées de fonds, la valeur et la liquidité de ses autres investissements, ses éventuelles participations restantes dans d’autres entreprises ainsi que ses obligations financières.
Ces informations ne sont pas entièrement publiques.
Il serait donc imprudent de présenter, par exemple, 7 milliards de dollars comme une fortune personnelle établie avec certitude sans documentation financière suffisamment précise.
Valorisation de SSI et fortune de Sutskever : deux choses différentes
La distinction est importante.
Une entreprise privée peut être valorisée 32 milliards de dollars sans que son fondateur possède personnellement 32 milliards.
À chaque levée de fonds, de nouveaux investisseurs acquièrent généralement une partie du capital et les participations des fondateurs peuvent être diluées.
La valeur théorique de leurs actions peut également être très différente de l'argent qu'ils pourraient réellement obtenir en les vendant.
C’est pourquoi Gux TV distingue la valorisation documentée de SSI des estimations concernant la fortune personnelle de son fondateur.
De chercheur d’OpenAI à concurrent dans la course mondiale à l’IA
Le parcours de Sutskever illustre une transformation importante de l’industrie.
Les chercheurs qui ont participé à la première génération des grands laboratoires d’IA créent désormais leurs propres organisations, attirant à leur tour des milliards de dollars de capitaux et d’immenses capacités informatiques.
SSI entre ainsi dans un secteur où évoluent notamment OpenAI, Google DeepMind, Anthropic, Meta et plusieurs autres laboratoires.
Mais Sutskever cherche à différencier son entreprise en maintenant un objectif unique : développer une superintelligence dont la sécurité serait intégrée au processus de développement lui-même.
Le prochain défi : démontrer que cette approche fonctionne
L’influence d’Ilya Sutskever dans l’histoire de l’intelligence artificielle dépasse donc largement les estimations de sa fortune personnelle.
Des premiers travaux majeurs sur les réseaux neuronaux jusqu’à OpenAI, puis de l’équipe Superalignment à la création de SSI, une même question traverse une grande partie de son parcours : jusqu’où l’intelligence artificielle peut-elle progresser, et comment conserver le contrôle de systèmes devenant toujours plus puissants ?
Avec plusieurs milliards de dollars de financement et désormais l’accès aux infrastructures de nouvelle génération de Nvidia, SSI dispose de moyens considérables pour tenter d’apporter sa propre réponse.
Reste désormais la question essentielle : les avancées scientifiques du laboratoire permettront-elles réellement de construire la « superintelligence sûre » promise par son nom ?
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Par James Guilloux
